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Critique & critic

L’affaire DSK, quand les journalistes perdent leur âme

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L’affaire DSK, quand les journalistes perdent leur âme.

Oubliée l’éthique du journaliste face aux nécessités de l’audimat.

A l’heure ou l’importance d’une information s’assoit sur la vindicte populaire et non plus sur sa qualité, l’on ne peut qu’observer la lente et inexorable dérive des médias. L’affaire Strauss-Kahn ou comment, sous couverts de justice, le prisonnier fut livré aux lions.

En mai 2011, on assistait à la débâcle médiatique de l’ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Quelques heures seulement après son arrestation, la sentence s’étalait en couverture du Daily New ; « Le Perv ». Titres suivis des non moins glorieux « DSK made a hooker take care of guest on the side » et « Indicted but he will go free today », du New York Post.

Menottes aux poignets, l’homme politique français fait la une de plus de 150 000 quotidiens en quelques jours. Une couverture médiatique plus forte encore que celle de l’élection du président Obama, en 2008.

DSK devient l’homme à abattre. On scrute, on écartèle méthodiquement, chaque pan de sa vie est fouillé. Jusqu’à ce qu’enfin, même la couleur de ses chaussettes soit connue du grand public. Les tribunaux ne sont pas encore saisis du dossier mais le Procès kafkaïen a commencé. De toutes les informations circulant sur l’affaire, bien peu relatent la véracité des faits. C’est au journal qui trouvera le titre le plus accrocheur, vulgaire, vendeur. La bataille médiatique fait rage des semaines durant, en quête de l’ultime détail sordide.

Au mépris de l’un des devoirs les plus fondamentaux du journaliste, « s’interdire la diffamation et les accusations sans fondements », les médias se sont déchainés préférant, comme trop souvent, rentabilité à vérité. L’homme est à terre. Au banc de la société, sa femme le quitte. Avec l’impact des nouvelles technologies, c’est un paria à l’échelle internationale. La peste du XXIème siècle est inoculée par des pamphlétaires peu consciencieux, avides d’audimat.

Mais rassurons-nous, il n’est pas mort, il est toujours temps de gloser en toute bonne conscience, protégés par le sacro saint Droit à la liberté d’expression. Le premier amendement de la Constitution américaine. Qui donne le privilège à certains d’oublier les impératifs de leur vocation, au profit d’un portefeuille mieux rempli.

Dommage qu’à son complet blanchiment les plumes aient été moins inspirées. Que les juges américains estiment la plaignante indigne de confiance ne suffira pas à faire revenir sa femme. Ou à lui rendre sa dignité. Quelques couvertures à peine, nous sommes bien loin de la tempête médiatique qu’avaient suscités les débuts de l’affaire.

Un dernier hommage donc à la versatilité de nos confrères, trop nombreux à se rétracter, bien peu à se relire. Une rose, à la tombe de notre éthique, morte sur les lignes acérées de quelques scribouilleurs achetés. Et bien sur, adieu à l’homme, Dominique Strauss-Kahn, qu’aucune éloge ne saurait faire revenir sur la scène publique.

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This entry was posted on January 7, 2013 by in Articles en français and tagged , , , , .
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