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Critique & critic

Critique de film Assassins et Voleurs, Sacha Guitry 1957

assassins et voleurs

Assassins et Voleurs, 1957

Réalisateur: Sacha Guitry

Casting: Jean Poiret, Michel Serrault, Magali Noel

VF

Comédie – 1 h 25 minutes

Résumé

François d’Artois, dandy riche et oisif rongé par le remords de ses actions passées, souhaite mettre fin à ses jours. Il est interrompu dans la rédaction de ton testament par un voleur, Albert Lecayeux. Le premier, craignant de faiblir dans l’exécution de son projet, tente alors de convaincre le second de le tuer. Le dialogue s’entame entre les deux hommes.

Voleurs et Assassins signe l’ultime production du cinéaste Sacha Guitry. Un casting de renom, Jean Poiré et Michel Serrault se donnent la réplique. Deux hommes entrecroisent leurs destins, une suite de rebondissements entrainants y fait suite. Le récit mêle amour et orgueil, Magali Crawl éblouit dans le rôle de l’amante en danger. Les subtilités du discours sont toutes explorées par un Guitry dont la plume, si elle blanchit, ne perd rien en style.

N’est pas voleur ou assassin qui croit

Assassins et Voleurs est une comédie dans laquelle se retrouvent plusieurs références cinématographiques chères à Sacha Guitry. 87 minutes de face à face entre deux grandes figures du cinéma français des années 60, l’un dandy, François d’Artois, joué par Jean Poiré, l’autre voleur, Albert Lecayeux, interprété par Michel Serrault. Alors que François d’Artois met ses affaires en ordre, ayant projeté de se donner la mort, il est interrompu par un malfrat venu cambrioler son domicile. S’ensuit une confession entrecoupée d’ellipses temporelles imageant les propos des deux hommes. L’intrigue se dénoue lorsque qu’il est exposé que le dandy a fait injustement condamner son interlocuteur pour meurtre, dix années auparavant. Si le spectateur comprend dès les premières minutes l’imbroglio, les deux hommes ne se reconnaissent qu’à la fin du film. Le suspense reste entier jusque dans les dernières minutes.

Sorti sur les écrans en 1957, cette toute dernière production de Sacha Guitry condense les techniques de mise en scène qui ont fait son succès. Jamais avare de bons mots, le scénariste célèbre pour l’acidité de sa verve fait démonstration de son talent. Plus encore, le dernier plaidoyer de Guitry met son éloquence au service d’une cause.

La vision est caustique et la justice, incriminée. Les dialogues pourtant enjoués laissent filtrer une certaine amertume. La critique atteindra son paroxysme dans la scène de la condamnation d’Albert Lecayeux, personnage central du film. Ce dernier doit alors, pour alléger sa peine, faire les aveux d’un crime qu’il n’a pas commis. Un paradoxe qui dévoile une revanche, celle de l’homme d’art sur l’histoire.

Guitry n’aura jamais pardonné son injuste condamnation de 1944, dans la France de la Libération. Il avait alors été accusé de collaboration avec l’ennemi, lui qui refusait que ses pièces soient jouées en Allemagne. Il restera soixante jours en prison, l’épisode lui laissera un goût amer. Ressentiment fertile qu’il emploiera à la rédaction d’Assassins et Voleurs.

Le film est novateur en cela qu’il rompt avec la tradition de Guitry de jouer dans presque toutes ses productions. Jean Poiré fait la voix off, une technique cinématographique inventée par Guitry, et dont il aimait à se charger. Les décors, en revanche, sont moins travaillés, illustrant par là le vœu du metteur en scène de concentrer l’attention sur les interactions. Le jeu des acteurs pourrait être plus convaincant, mais il perdrait alors en sincérité. Il est peu aisé d’avoir une rhétorique parfaite tout en restant spontané. Guitry était par ailleurs renommé pour la brièveté de ses prises.

« Sans forcer le destin, nous pouvons lui faciliter la tache », François d’Artois résume là la philosophie directrice du film. Son affaire avec une femme mariée donnera suite à des rebondissements dont il sera à la fois la cause et la victime. L’histoire d’amour reliant ces deux personnages, Jean Poiré et Magali Noel, l’amante, imagera des remarques acerbes sur la vie conjugale, sur l’infidélité, et plus généralement, sur les femmes.

Biographie Sacha Guitry

Auteur prolifique né en 1885, Alexandre-Georges-Pierre Guitry, dit Sacha Guitry, écrira plus de cent vingt-quatre pièces de théâtre. Il fut également un précurseur du cinéma. Acteur et réalisateur, il décrira en trente-six opus une vision inédite d’appréhender le domaine cinématographique.

Guitry décriera tout au long de sa vie le système éducationnel, comme il le disait lui même; « A quoi bon apprendre dans les livres, puisque  ça y est ? ». Ami d’Anatole France, d’Auguste Rodin et Claude Monet, fervent lecteur, il mènera une vie culturelle extrêmement riche.

Exprimant une verve sans réserve sur le sujet, il doit aux femmes des mots aussi flatteurs qu’acides. Celui qui disait « Pourquoi n’aimerions nous pas les femmes pour ce qu’elles font de mieux : mentir ? », retranscrira pourtant à l’écran parmi des chef d’œuvres de romantisme. Le film consacré à l’ascension de Napoléon Bonaparte est une biographie de son premier amour, Bernardine Eugénie Désirée Clary, petite bourgeoise marseillaise que l’empereur fit reine de Suède et de Norvège (Le Destin Fabuleux de Désirée Clary, 1941).

Il mourra à Paris, le 19 juillet 1957. Auteur dramatique, il laisse un legs inestimable au monde du cinéma comme du théâtre.

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