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Critique & critic

Wolf, portrait d’un vagabond lettré

Wolf, Jim Harrison

Wolf, Jim Harrison (1971)

Loin du disco et des paillettes, les années 70 de Swanson se passent sur la route, une bouteille de whisky à la main. Il sillonnera les Etats-Unis du Michigan à New York, en passant par San Francisco. Un pot pourri d’instants dont chaque détail accolé dévoile peu à peu le passé du narrateur. Roman autobiographique, Harrison partage avec son héros une passion pour l’alcool et la littérature. Un baluchon, une bouteille et un livre, un confort frustre, essentiel.

La réaction est instinctive, on aime ou on l’abandonne. Bien plus qu’un idéal, Swanson invoque chez le lecteur une antique expérience ; L’adolescent intraitable qui rêvait d’Antigone pour finir en Créon. Cet instant gravé dans les mémoires vieillissantes comme le souvenir d’avoir cédé au compromis, pour la première fois. Renvoyant à ce qui aurait pu être, Harrison dérange et éblouit. Détaché de toute forme de matérialisme, le héros ne semble pas désireux de préserver jusqu’à son propre corps. Avec ses filles dénudées et défoncées, ses errances et la pauvreté, il décrit le quotidien de celui qui n’a plus rien à perdre.

L’Amérique de la fin des années soixante se dessine au travers des portraits qui parsèment les voyages. D’un bref engagement politique, Swanson retiendra l’innocence des Rosenberg. Exempté de service militaire, il ne connaitra pas le Vietnam. Le regard porté sur la société américaine est cru, dépourvu de clichés. Il n’y a plus d’organisation, seulement des individus. L’alcool et la drogue infiltrent indifféremment  les milieux sociaux. Loin de toute contingence politique, l’expérience est personnelle, la vision unilatérale.

Des propos de Swanson suinte une sincérité décalée. Convive insupportable ou observateur trop franc, la dureté de ses mots étonne. Ses lecteurs pourraient lui envier pareille franchise, si elle n’était désespérément teintée de solitude. Loup en mal de meute, Swanson est un anti-héros. Les filles n’ont pas de nom, les amis n’ont plus d’adresse, la famille est morte. Sa carcasse éreintée aurait du céder, pourtant il n’en est rien.  Toujours debout, il avance. L’espoir, bête malingre mais tenace, n’a pas entièrement abandonné cette âme décharnée, et ces même éclats fuguasses illuminent le périple comme la lecture.

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This entry was posted on October 20, 2013 by in Articles en français, Critiques littéraires and tagged , , , , , , .
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