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Critique & critic

Incartade chez les sado-masochistes

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Lignes – Murakami Ryu (1998)

C’est trash, malsain. Le roman se lit avec l’entrain effréné et coupable que seule une curiosité perverse peut susciter. Chaque chapitre dresse le portrait d’un personnage, les destinées des uns élégamment intriquées à celles des autres. Un éventail de personnalités dont l’équilibre entre névrose et quotidien semble ne jamais avoir existé. Prostituées sado masochistes, tortionnaires amateurs et victimes parfois complaisantes, le tableau est cruel et la souffrance, omniprésente.

Les penchants exercés sont humains, réalistes. L’ouvrage se promène à la lisière de la compréhension, cette lointaine bordure qui tend à attribuer à l’instinct la douleur inconcevable, celle infligée gratuitement. Une notion trouble à laquelle s’en remet la conscience, lorsque le motif évoqué ne parvient pas à expliquer l’acte commis. La corde est sensible, et Murakami déterminé à arracher son lecteur à l’ignorance ; la douleur peut être subie mais bien plus, recherchée.

Un supplice exquis qui pousse à l’interrogation. Existe t-il en dehors de ses romans des individus pareil à ceux que décrit Murakami ? Dans cette analyse sociétale qui n’épargne aucune classe sociale, les marques, les coups, les blessures infligées ne sont que le vecteur de la douleur. Suivant la loi du déterminisme freudien, chacun puise dans son enfance pour construire l’avenir. Sans volonté aucune de briser les schémas établis, les protagonistes se lancent dans l’exercice d’une perversité dont ils étaient autrefois les victimes.

Une telle prédictibilité fait froid dans le dos. Lorsque les faits divers emplissent le quotidien, leur réalité tend à s’effacer avec la dernière page du journal. Murakami, lui, entre dans le vif du sujet. Il dissèque l’acte délétère, laissant entrevoir l’intention. Sous son scalpel, l’humanité se distend, sa chair flasque laissant entrevoir des monceaux d’idéaux putréfiés.

A dessein, l’auteur confère à ses angéliques personnages les personnalités les plus perturbées. Démentes sous leur costume de raison, elles brisent des préjugés illusoires mais répandus. Nul besoin d’emprunter à Scream son attirail pour apprécier la torture. La banalité même que ces visages de souris effacées, prompts à vous tenir la porte de leurs mains encore écarlates.

Mais vous même, jusqu’à quel point appréciez vous Lignes ?

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