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Critique & critic

Des années 60 à 2013, quelle évolution pour la femme orientale?

Deonna

Moyen-Orient, Femmes du combat, de la terre et du sable – Laurence Deonna  (1970)

Au cours de ses voyages dans un Moyen-Orient des années 1960, la journaliste suisse Laurence Deonna «cherche la femme ». De l’Egypte au Koweït en passant par la Palestine, les prérogatives et ambitions de la femme arabe se dessinent graduellement au travers de rencontres improvisées. Malgré l’écart social et géographique séparant les différentes protagonistes, certaines similarités sont à relever. Paysanne, princesse ou religieuse, toutes se heurtent aux limites déterminées par leur rôle. Faire évoluer la condition féminine dans des sociétés fermement patriarcales, c’est combattre les préjudices de la tradition, trop souvent introduits sous couvert de religion.

Laurence Deonna déploie malgré elle ce ton caractéristique aux femmes issues d’une époque et d’un milieu donné. Au discours teinté de sentimentalisme, il manque l’objectivité du vrai reporter. Plus qu’un écrit historique, ce livre est à considérer comme une étude de société. La romancière prend le pas sur la journaliste pour créer le décor, l’enjoliver de ces milles détails qui plongent le lecteur au cœur de l’Arabie. D’en lire la description, c’est presque être assis au coté de ces femmes au visage tatoué, un verre de thé à la main.

Riche ou pauvre, le statut de la femme orientale des années 60 n’est pas enviable. Sans la priver totalement de pouvoir, celui qu’on lui confère est si minime qu’il suffit juste à modérer ses ambitions. Entre les barrières de la tradition et les limites de la société, la marge d’action est très étroite. Si depuis  les problématiques ont évolués, la femme arabe fait face aujourd’hui à de nouvelles difficultés.

En Egypte, où l’auteur déplorait la pratique de l’excision et la cantonnait aux milieux les plus défavorisés, quarante ans plus tard, 90% des femmes en auraient subit les ravages (2008 – Etude du gouvernement égyptien). Hoda Charaoui (1879 – 1947), figure du mouvement féministe, avait jadis convaincu les femmes de joindre leurs forces au combat pour l’indépendance de l’Egypte. Aujourd’hui, nul besoin de les prier de prendre part au Printemps Arabe. Pourtant, place Tahrir, c’est par leurs propres concitoyens qu’elles sont violées et agressées. L’Egyptienne est bien sortie du harem, mais à quel prix ?

« Les chiffres ici donnent le vertige ! En 1990, l’Egypte comptera 45 millions d’habitants, dont quatorze au Caire seulement. Elle en compte aujourd’hui trente-deux. Que faire pour endiguer ce flot et que chacun puisse subsister ? », s’effraie la directrice d’un centre de planning familial en 1970. Les statistiques ont dépassé les prévisions puisqu’en 1990 l’Egypte comptait 57 millions d’habitants. En son temps, Ramsès II avait déjà mis en place des politiques de limitation des naissances, un élan perpétué par les gouvernements successifs. Les résultats sont mitigés, la population plafonne à 117 millions en 2013.

A sa façon d’aborder le récit, Laurence Deonna en dévoile autant sur la condition féminine orientale qu’occidentale. Le combat de la femme européenne, si d’allure plus modéré, n’en est pas moins farouche. Les observations datées de 1970 comme les statistiques de 2013 soulignent une même constante. Aussi lente et dérisoire soit-elle, il y a évolution. Le droit au port de la mini jupe s’est démocratisé, les combats se sont déplacés, les idéaux quant à eux n’ont pas tari.

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