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Critique & critic

Peter Knapp, un géant de la photo se dévoile à Penthes

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La Tribune de Genève – Culture

Peter Knapp, un géant de la photo se dévoile à Penthes

L’ancien directeur artistique du magazine «Elle» expose sa vision de la femme en 101 clichés

«Aujourd’hui on connaît le nom du modèle, mais plus celui du photographe. Depuis la fin des années 60, le mannequin a dépassé l’artiste, et en argent et en célébrité.» Le regard de Peter Knapp sur la mode n’en est pas amer pour autant. Celui qui fut le premier directeur artistique et le photographe-vedette du magazine Elle pendant plus de dix ans a sélectionné ses meilleurs clichés pour l’exposition 101 regards sur les femmes. L’occasion de faire revivre la mode des années 50 à 80 au Musée des Suisses dan le monde.

En l’espace d’un demi-siècle, Peter Knapp a révolutionné le milieu de la mode. «Au début de ma carrière, les photographes n’avaient qu’une fonction limitée. Souligner un bouton, mettre en valeur une fermeture éclair.» Une définition que le Suisse de Bäretswill (ZH) est très vite amené à remettre en question. Peintre formé aux Beaux-Arts de Paris, il ne se contente pas de prendre un cliché, il plante un décor. Sous ses directives, les mannequins s’animent, dansent, sautent, courent. Les vêtements prennent vie, les couleurs s’animent.

Suspendues à une selle

Déambulant dans les couloirs lambrissés du château de Penthes, l’octogénaire pose un œil attendri sur les jeunes filles figées sur papier glacé. Les modèles en noir et blanc se balancent dans le vide pour une série signée Courrèges. «C’était une époque de changement. Courrèges avait décidé de révolutionner le vêtement. Il disait que les femmes ne voudraient plus de jupes longues qui les embarrassaient en sortant de voiture ou en faisant des courses. La fonction du vêtement est devenue sa forme. Il fallait donc de nouvelles mises en scène pour montrer cette évolution.» Pour ces photos, il a fait monter les mannequins à trois mètres de hauteur, suspendus dans les airs sur une selle de vélo.

Une audace encouragée par Hélène Lazareff, fondatrice du magazine Elle. «Hélène aimait beaucoup rappeler que les femmes sont supérieures aux hommes. Je suis loin de la contredire!» Une conviction qui se décline sur les deux étages de l’exposition, où tous les sujets, ou presque, sont des femmes. Car ce n’est pas à la beauté que Peter Knapp a dédié son œuvre, malgré l’influence prégnante de la mode, mais bien à la femme. «Etre mannequin, ce n’est pas être jolie, mais avant tout savoir porter un vêtement.»

«Le problème avec Peter, c’est qu’il est inclassable. Photographe, typographe, réalisateur, peintre, par quel bout le prendre?» Valentine Meyer, commissaire de l’exposition, souligne toute la difficulté à rassembler en un lieu les œuvres d’un artiste si productif. «L’angle des femmes permet d’avoir à la fois son côté directeur artistique et aussi ses travaux plus personnels, plus intimes, qui ne sont pas des travaux de commande. Vous avez vraiment les deux versants de la montagne.» Une dualité que Peter Knapp explique simplement: «Au bout de dix ans de photos de mode, j’ai cessé d’en faire parce que cela exige toujours d’idéaliser, alors, évidement, c’est limitatif quand on veut s’exprimer visuellement.»

Au deuxième étage du musée, c’est effectivement un autre Knapp qui se découvre. Les photographies sont actuelles. Si la femme est toujours là, ce n’est plus une beauté irréelle. Les huit Genevoises qui s’avancent, nues, devant l’appareil ne font la promotion de rien, si ce n’est de leur ventre rebondi. «Moi, je pense qu’enceintes, elles sont de toute beauté.» Ce cliché, L’avenir de Genève, est la dernière audace du photographe, pour l’instant.

Un artiste sous les drapeaux

Le directeur du Musée des Suisses dans le monde, Anselm Zurfluh, aurait tendance à qualifier Peter Knapp de «représentant majeur de ce que font les Suisses dans le monde. Il fait partie de ceux qui s’expatrient puis reviennent façonner l’image de la Suisse avec ce qu’ils ont vu de l’étranger.

Dans la continuité de sa carrière, le photographe dédie ainsi ses derniers travaux à son pays natal, mais pas uniquement.Au dernier étage du château de Penthes, L’avenir de la Suisse, image grandeur nature de Genevoises enceintes, côtoie des photographies de drapeaux. Sous les plis du tissu se dessinent des corps de femmes. Rouge et blanche, la Suissesse est alanguie. L’Anglaise, provocante sous l’Union Jack, laisse apparaître une silhouette dénudée. L’Allemande, quant à elle, est presque invisible, effacée sous la toile tricolore. Trois drapeaux, trois pans de la personnalité du photographe. Une pour chaque appartenance, pour chaque expérience. Si aujourd’hui, pour Peter Knapp, «la mode, c’est du passé», la femme, elle, sera toujours l’avenir. I.M.

«Elles, 101 regards sur les femmes»,

Jusqu’au 9 novembre, Musée des Suisses dans le monde, 18, ch. de l’Impératrice, 1292 Pregny-Chambésy. 022 734 90 21.

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