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Critique & critic

A Genève, l’art loge à l’hôtel

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La Tribune de Genève – Culture

Les lobbies de plusieurs grands établissements de la place renferment de petits trésors

A la fin du XIXe siècle, lorsqu’un marchand de tableaux cède une œuvre d’un jeune artiste inconnu à l’hôtel Richemond pour régler sa note de 300 francs, le propriétaire, Adolphe-Rodolphe Armleder, est loin d’être ravi. Un demi- siècle plus tard, le petit-fils de ce dernier découvre le Paysage bernois de Ferdinand Hodler dans le grenier du palace. L’extase est alors à son comble. Aujourd’hui, le peintre décédé à Genève reste l’artiste suisse dont la cote est la plus élevée, ses tableaux se vendant jusqu’à 10,9 millions de francs.

A l’image d’autres grands hô- tels genevois, le Richemond entretient un lien étroit avec l’art et les artistes: «De nombreuses célébrités du XXe siècle (Marc Chagall, Hergé, Sacha Guitry, Charlie Chaplin, Colette, etc.) se sont côtoyées dans notre établissement et nous sommes très fiers de cet héritage que nous souhaitons perpétuer aujourd’hui», indique Klaus Kabelitz, directeur général du Richemond. Si le Hodler n’y est plus, un tableau de John M. Armleder, Helvella Crispa, aujourd’hui en réfection, est d’ordinaire présenté non loin des peintures de John-Pierre Simonet (1860-1915), qui décorent le lobby.

Style éclectique

Le Richemond n’est pas le seul établissement de Genève à accorder une place à l’art en ses murs. On découvre un style plus éclectique à la Cour des Augustins, un hôtel quatre étoiles de Plainpalais. Les pièces d’art africain y tranchent sur la décoration moderne signée Philippe Cramer. Totems grandeur nature, statuettes de femmes ou encore grigris perlés et emplumés – en tout plus de 1000 pièces – côtoient les surfaces épurées du designer genevois. A l’étage, des fusains abstraits signés Patrick Robbe-Grillet se mêlent aux montages photographiques sous plexiglas d’Alexis Reynaud, Genevois lui aussi. Guillaume Bourdon, adjoint de direction, parle de «coups de cœur» plus que d’une stratégie artistique définie. «Il n’y a pas de budget dévolu. Le propriétaire de l’hôtel, féru d’art, souhaitait introduire sa passion dans les lieux, cela sans jamais cesser de promouvoir la Suisse, ainsi que notre ouverture sur le monde.»

Le Mandarin Oriental a lui aussi privilégié le versant helvétique de l’art, tout en y ajoutant une touche exotique en lien avec son héritage oriental. C’est ainsi qu’est née Marguerite, une vache grandeur nature entièrement décorée par une artiste locale, la Carougeoise Percho. Celle-ci se remémore: «La conception et la réalisation m’ont bien pris deux mois, mais ce fut un projet passionnant.» Les rives droite et gauche de Genève sont représentées sur

es flancs de l’animal, où le jet d’eau et la cathédrale Saint-Pierre figurent en bonne place. L’exotisme se manifeste quant à lui sous la forme de couleurs acidulées aux nuances précieuses et chatoyantes, le tout parsemé de petits miroirs en losange. «La réalisation fut réellement physique, je me suis tordue dans tous les sens pour peindre la sculpture dans son entier, mais l’effort en valait la peine!» L’animal est aujourd’hui la mascotte de l’hôtel. «Et désormais je reçois des photos de gens qui se prennent à côté de Marguerite, c’est très touchant.»

Transmettre l’hospitalité

Jouant la carte de la modernité, l’Intercontinental personnalise pour sa part ses hauts plafonds et ses grands espaces avec des pièces d’art contemporain. Les créations de Lee Jae Hyo, artiste coréen célèbre pour sa maîtrise du bois, font le lien entre la beauté et l’hospitalité. Au-dessus du lobby trône l’une de ses œuvres maîtresses, deux immenses anneaux de bois enlacés. «Une manière de symboliser l’attache entre des personnes au service d’autres personnes, soit le point fondamental du métier d’hôtelier», précise Jurgen Baumhoff, directeur général. «C’est également une façon de transmettre ce sentiment d’hospitalité dès l’arrivée du client.» Cette dualité entre esthétique et pratique se retrouve dans une seconde œuvre de Lee Jae Hyo, une demi-sphère de bois, adaptée en table. «Tout comme dans le cas de notre hôtel, l’art peut devenir écrin de beauté tout en conservant une dimension fonctionnelle.»

Les clients, eux, remarquent la décoration, posent des questions et demandent parfois si les œuvres sont à vendre. Lee Jae Hyo, plasticien, apprécie cette attention: «Les pièces de musées sont souvent en réserve et peu vues par le public. Dans un hôtel, mes œuvres sont exposées chaque jour de l’année, et ça me plaît.»

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